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Sémiologie de la reformulation : analyse et typologie des lapsus linguae en anglais et en français

Bertin C. YEHOUENOU*

 

Résumé

Cette étude porte sur les erreurs de prononciation que nous désignons généralement par le terme de «lapsus linguae». Sommes-nous ici en présence de phénomènes délibérés ou inconscients ? Nous avons collecté des données provenant du discours français et du discours anglais. Une analyse phonologique de la syllabe ainsi qu’une analyse psycholinguistique nous ont permis de proposer une typologie sur la base des stratégies de production et de compréhension. Ainsi l’anticipation, la persévération, la substitution, la suppression apparaissent comme autant de procédés mis en jeu.

Mots-clés : Parole, erreur, typologie, production, communication, humour, geste articulatoire

 

Abstract

Speech errors, commonly referred to as slips of the tongue (Latin: lapsus linguae), are conscious or unconscious deviations from the actual form of an utterance. This study is based on English as well as French data. We operate a typology of these errors and we subdivide them into spontaneously and inadvertently produced speech errors and intentionally produced word-plays. Another distinction can be drawn between production and comprehension errors. Errors in speech production and perception are also called performance errors. We suggest a phonological and a psycholinguistic analysis and conclude that speech errors fall under the category of language production. We use the notion of the syllable and identify various types of speech errors which include: exchange errors, perseveration, anticipation, shift, substitution, assimilation, blends, additions, and deletions. The study of speech errors contributes to the establishment/refinement of models of speech production.

Keywords : speech, error, production, communication, humor, typology, articulatory gesture

 

 

Introduction

L’étude du système phonétique d’une langue comme le français ou l’anglais n’est pas en réalité plus difficile que l’étude de leur système orthographique. Ce qui pourrait apparaître comme un handicap c’est que les locuteurs ne maîtrisent pas  toujours les mots qu’il faut pour rendre compte de phénomènes vocaux.

La présente étude s’intéresse à certains de ces phénomènes dont les manifestations résultent par exemple d’une articulation immature comme chez un enfant, ou d’une déficience langagière due à une pathologie. Elle vise par ailleurs à aiguiser le sens phonétique des locuteurs afin que ces derniers deviennent plus sensibles à certains traits de la prononciation. Il est aussi question d’attirer l’attention sur le fait que l’humour dans la langue parlée repose essentiellement sur notre capacité à entendre ou à percevoir  et / ou produire ce que l’on peut appeler les effets spéciaux verbaux dans la parole.

Dans une démarche de recherche de modèle de production de la parole, (Recasens 1991), l’on évoquerait les deux niveaux segmental et suprasegmental et l’on parlerait de gestes articulatoires et par conséquent de cibles atteintes et non atteintes. En définitive, les déviances dont il est question ici se rapportent à l’insertion ou non d’un segment (voyelle ou consonne). Evoquant les travaux de F. de Saussure, nous nous poserons la question de savoir si les phénomènes dont il est question relèvent de la compétence ou de la performance.

 

1. Concepts et définitions

1.1. Sémiologie et reformulation

Quand nous évoquons le terme de sémiologie, nous pensons avant tout à une science qui étudie la vie des signes dans la société et de ce fait a des liens avec la psychologie sociale. Elle s’efforce de montrer les éléments constitutifs des signes et de dégager les lois qui les gouvernent. A cet effet, Hawkes (1977), à la suite de Saussure, suggère que la linguistique n’est qu’une partie d’une science plus grande qui serait la sémiologie.

Notons cependant que nous avons affaire ici à un débat d’école étant donné que dans la littérature l’on rapporte (Hawkes 1977) que le terme «Semiology» et le terme «Semiotics» both refer to the science of signs, the only difference being that the former is preferred by Europeans (because of F. de Saussure) and the latter tends to be preferred by English speakers (because of American Peirce).

S’agissant de la « reformulation », c’est le terme qui désigne tout le processus de la reprise du discours notamment à partir de l’endroit où le locuteur estime avoir trébuché. Elle apparaît comme la manifestation du degré de lucidité ou de fatigue, ou même du niveau d’apprentissage.

 

1.2. Les anomalies de la parole

1.2.1. Parole, langage et pathologies

Certaines pathologies peuvent être à la base de quelques dysfonctionnements au niveau de la parole. Par exemple, l’asthme, diverses maladies respiratoires, les angines, les polypes, les cancers, la dyslexie, l’aphasie, le bégaiement, la maladie de Parkinson…

 

1.2.2. Articulation et articulateurs défectueux

Nous savons que l’appareil vocal subglottique (les poumons et les muscles de la cage thoracique, de l’abdomen, du dos, et de la poitrine) confère sa puissance à la voix, en dirigeant un courant d’air contrôlé entre les cordes vocales.

Par ailleurs, le système nerveux contribue à la production de la voix parce que, selon les neurologues ( Laver 1968), « l’idée » des sons naît dans le cortex cérébral, puis est transmise aux noyaux moteurs du tronc cérébral et de la moelle épinière ; ces centres émettent des messages complexes qui coordonnent les activités du larynx, de la musculature thoracique et abdominale, et des organes articulateurs que sont la langue, la mandibule, le voile du palais, les lèvres ainsi que le pharynx et la larynx.

 

1.2.3. Norme et organisation du discours anglais et français

L’on ne peut traiter un tel sujet sans évoquer la question du rythme dans les deux langues en présence. En effet, le rythme de la parole se rapporte à l’organisation de la parole dans son déroulement temporel. On peut là voir comme un découpage en unités rythmiques, en une succession de syllabes accentuées et non accentuées, de distribution syllabique dans les unités rythmiques, de durée relative des syllabes, ainsi que de régularité des temps forts. Ainsi l’anglais est donc décrit comme « a stress-timed language » contrairement au français où l’on parle plutôt de syllable-timed language.

 

2. Le lapsus linguae

2.1. Essai de définition

Le lapsus est désigné de différentes manières et est généralement présenté comme une déviance par rapport à une norme. Il opère dans le discours aussi bien formel qu’informel quel que soit le statut de la langue, L1 ou L2. Il peut être défini comme l’ajout, la suppression, la substitution ou même la transposition d’un segment vocalique ou consonantique.

Le lapsus est aussi présenté comme un écart de la forme habituelle d’une prononciation. Certains auteurs les classent en deux catégories, à savoir ceux qui sont non voulus et donc produits de façon spontanée et par inadvertance, et ceux produits de façon intentionnelle et délibérée dans le but avoué de faire un jeu de mots et de faire rire comme dans les dessins animés, les caricatures, les satires. Ces deux formes, du point de vue de la production et de la perception, sont considérées comme des erreurs de performance.

On observe ce genre de déviance chez les enfants et cela est perçu comme faisant partie du processus d’apprentissage de la parole. Il peut se poursuivre même dans la vie adulte comme dans le cas du jeune garçon Ronald Derds.

Abercrombie le distingue des traits idiosyncratiques qui pourraient être propres à un locuteur d’une langue donnée. Cet auteur (1982 : 8) affirme : «idiosyncratic indices enable us to recognize someone by voice alone –over the telephone, for instance or in the dark». Cependant cela peut révéler des signes indicateurs des origines régionales et ethniques du locuteur. Quant à Cruttenden (1994 : 159) , il indique que «any of the elements of a consonantal cluster may be involved in a speech error».

 

2.2. Causes et manifestations

Lorsque nous analysons les lapsus linguae, nous notons qu’ils nous permettent d’avoir une meilleure perception de la structure de la syllabe et des différentes catégories de sons. Cette analyse nous amène à voir que les sons qui sont impliqués dans ce phénomène appartiennent à la même partie de la syllabe. En d’autres termes, un onset se substituera toujours à un autre onset, (par exemple dans l’exemple «mell wade» pour «well made» ; de la même manière, une consonne en position de coda comme dans l’exemple anglais «wish a brush» pour «with a brush». Enfin les noyaux peuvent être aussi affectés comme le montre le cas suivant : «fool the pill» pour «fill the pool».

 

2.3. Préoccupations terminologiques

Comme indiqué plus haut, plusieurs termes sont utilisés dans la littérature pour désigner le type d’erreur auquel nous nous intéressons dans cette recherche. Nous allons d’abord passer en revue les termes français. Nos investigations nous ont conduit dans les salles de rédaction de la presse radiodiffusée et télévisuelle. Pour ces spécialistes, ces phénomènes qui interviennent dans le discours parlé peuvent se désigner comme suit : coquille, bourde, lapsus, bêtisier, faute, écart, erreur, perle, sottisier, phrase ridicule, erreur comique.

S’agissant de l’anglais, nous avons fait la collecte suivante : speech disfluency, verbal slip, semantic bias, vulgarism, speech error, language pathology, speech defect, deviation, speech impairment, speech disorder, speech play, verbal play, slip of the tongue, tongue twister, howler, blunder, slang, lapsus, stuttering, pun.

 

3. Etude du phénomène

3.1. Approche méthodologique (type de parole, durée, L1 / L2…)

3.1.1. Recueil de données

Compte tenu du caractère récurrent du phénomène, nous avons dû en faire un sujet de recherche. Qui dit recherche dit démarche méthodologique. Nous avons mis en place un protocole d’observation et de collecte de données sur une période de six mois. Au départ, c’était de façon indiscriminée : spontané et non spontané, formel et non formel, L1 et L2…Nous avons recueilli une centaine de données sur la base de fiches de notation comprenant les dates, l’heure, l’auteur, les circonstances du discours en interaction ou non. Nous avons aussi procédé à des interviews au niveau de certaines rédactions (Radio / TV)

 

3.1.2. Traitement des données

Le traitement des données a été fait sur la base de trois critères à savoir : la consonne, la voyelle, la syllabe. En d’autres mots, nous nous sommes posé la question de savoir quel est l’élément de la syllabe qui subit le mouvement ou la modification. L’analyse des données nous a conduit aux résultats que voici.

 

3.2. Lapsus linguae et production de la parole

Lorsque nous tenons compte de la nature des lapsus linguae, nous voyons qu’ils participent de l’apprentissage de la langue, plus précisément de l’utilisation de la langue ou tout simplement de la production de la parole, du discours. L’étude des lapsus apporte une contribution de qualité à l’amélioration ou à la mise en place des modèles de production de la parole.

La complexité du mécanisme de la production de la parole est révélée par l’étude des lapsus. Ce qui nous intéresse ici c’est avant tout le rendu oral du locuteur dans une situation donnée  et qui nous permet de comprendre son cheminement mental. La réalisation du lapsus peut être vue comme une panne du système. En conséquence, ces erreurs jettent la lumière sur la nature de la langue et sur la production du discours. C’est là donc un champ d’investigation pour le linguiste qui peut collecter des données utiles pour élaborer ces théories et tester ses hypothèses.

 

3.3. Interprétation psycholinguistique

Les lapsus interviennent de temps en temps chez tous les locuteurs, que ce soit en situation de L1 ou de L2. Certains chercheurs ont révélé qu’ils interviennent encore plus souvent lorsque le locuteur est nerveux, fatigué, sous pression, trop concentré. On note par exemple à la radio, à la télévision, que même des journalistes ayant une certaine maîtrise du micro sont frappés ou affectés par le phénomène. Les invités dans les émissions interactives ou de débat n’échappent pas au phénomène. C’est un phénomène social qui n’est rien d’autre que la manifestation du dispositif mental du locuteur lors de la prise de parole. Il peut être amené à faire des anticipations, des transpositions, des «persévérations». Hockett (1973) explique que «whenever a speaker feels some anxiety about possible lapsus, he will be led to focus attention more than normally on what he has just said and on what he is just about to say. These are ideal breeding grounds for suttering».

Nous devons aussi souligner le cas du révérend William Archibald Spooner dont les célèbres ‘lapsus’ ont été interprétés comme la manifestation d’un dysfonctionnement cérébral. Mais ce jugement est vite tempéré que la preuve a été faite que cet auteur a fait preuve d’une imagination exceptionnelle étant donné qu’il a lui-même fabriqué ou inventé la plupart de ses lapsus. C’est d’ailleurs la qualité de ses lapsus qui a fait donner son nom à ce genre que l’on appelle le «spoonerisme» dont nous allons décrire les contours (I saw you light a fire / I saw you fight a liar ). Here we have the switching of initial sounds of two separate words, ce qui n’est rien d’autre que la substitution de sons à l’initiale.

Il y a aussi la position de l’Ecole freudienne qui explique ces erreurs comme étant le résultat d’un conflit intrapsychique d’intentions concurrents. Freud écrit : «virtually all speech errors are caused by the intrusion of repressed ideas from the unconscious into one’s conscious speech output.» Mais l’unanimité n’est pas faite sur cette interprétation car certains chercheurs rejettent la notion  du «Freudian slip».

 

3.4. Classification phonétique

3.4.1. Discours anglais

Du point de vue phonétique, nous avons retenu trois paramètres qui nous permettent d’opérer un classement des types d’erreurs observées dans le discours anglais. Il y a la survenue du trait de voisement, de l’anticipation d’une voyelle ou la persévération d’une consonne ou tout simplement la transposition de deux sons. Voici quelques exemples.

 

Exemple 1 :     «Clear blue sky»         -Traits phonétiques ou distinctifs

                        «Glear plue sky»

 

Exemple 2       «ad hoc»                     -Phonèmes

                        «odd hack»

 

Exemple 3       «Spoon feeding»         -Suite de sons

                        «foon speeding»

 

3.4.2. Discours français

 

Exemple 1       «le départ définitif»

                        «le débart définitif»

 

Exemple 2       «la présente proclamation»

                        «la présentre proclamation»

 

Exemple 3       «Trois étudiants ont été tués à l’hôpital militaire de kaboul»

                        «Trois étudiants ont été tués à l’hôpitaire militaire de Kaboul»

 

3.5. Classification psycholinguistique

Signalons que lorsque nous entreprenons une classification psycholinguistique de ces erreurs, nous nous rendons vite compte que certains lapsus peuvent être classés dans plusieurs catégories compte tenu du point de vue auquel l’on se place. Néanmoins notons que nos investigations ont permis de dégager six grandes catégories que sont : l’addition, la suppression ou l’omission, la substitution, la transposition, l’anticipation, la persévération. Voici quelques illustrations.

 

3.5.1. Discours anglais

Exemple 1       «We»                          -Addition

                        «We and I»

 

Exemple 2       «unanimity of opinion»          -Suppression / omission

                        «unamity of opinion»

 

Exemple 3       «Where is my tennis racquet ?»          -Substitution

                        «Where is my tennis bat»

 

Exemple 4       «Night life»                                        -Transposition

                        «Knife light»

 

Exemle 5         «Reading list»                         -Anticipation

                        «Leading list»

Exemple 6       «Black boxes»                        -Persévération

                        «Black bloxes»

 

3.5.2. Discours français

Nous avons noté ici deux phénomènes prédominants à savoir l’anticipation et la persévération. Voici quelques illustrations.

 

Exemple 1       «Encore faut-il faire la part des choses»                    -Anticipation

                        «Encore faut-il fare la part des choses»

                        «Vivez la fête en princesses et en princes»

                        «Vivez la fesse en princesses et en princes»

 

Exemple 2       «A cause de la répression des manifestants à la suite de la réélection de Louchenko»                     -Persévération

«A cause de la répression des manifestations à la suite de la réélection de Louchenko»

                        «Le Chef de l’Etat est le premier Magistrat qui est habilité à»

                        «Le Chef de l’Etat est le premier Magistré qui est habilité à»

 

Conclusion

Cette étude a essayé de présenter quelques pistes d’analyse et de classification de ces phénomènes vocaux que nous désignons sous le vocable «lapsus linguae» ou «slips of the tongue». Cette analyse a montré le rôle prépondérant joué par l’unité phonétique qu’est la syllabe avec ses différentes composantes. Nous n’avons pas la prétention d’avoir développé tous les aspects liés à cette problématique. Un complément de recherche nous permettrait incontestablement de parfaire notre analyse et interprétation. Néanmoins, nous aimerions partager avec vous quelques préoccupations qui nous ont été inspirées par ce thème à savoir :

  • Pourquoi ces phénomènes nous font-ils rire ou sourire lorsqu’ils interviennent ? Est-ce à cause de l’effet de l’inattendu ou la qualité inhabituelle du son en jeu?
  • Avons-nous affaire ici à un phénomène universel ? Si oui, qu’en est-il de nos langues africaines locales ? (le cas de «noudegbassi/noudegbessi ébassi» en langue nationale gungbé)
  • Enfin, on serait tenté de dire que, comme la langue est souvent vue comme l’organe le plus turbulent de la cavité buccale, elle est effectivement à l’origine de pas mal de dysfonctionnements, dont les «lapsus linguae» qui ont donc fait l’objet de l’analyse que nous avons présentée. Nous avons donc peut-être là le vrai coupable. Attention domptons nos langues !

 

Références

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  • CRYSTAL, David (1995) The Cambridge Encyclopedia of the English language. Cambridge : CUP.
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  • FROMKIN, Victoria (1971) The non-anomalous nature of anomalous utterances.  Language N° 47 : 27 – 53.
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  • HAWKES, Terence (1977) Structuralism and semiotics. London : Routledge.
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  • LARREYA, P. et Watbled, J. (1994) Linguistique générale et langue anglaise. Paris : Nathan.
  • Laver, J. (1968) Voice quality and indexical information. British Journal of Disorders of Communication 3 : 43 - 54
  • SATALOFF, Robert (2001) «La voix humaine». Le Monde des sons N° 32 : 10 – 15.
  • YEHOUENOU, C. B. (2002) «Analyse de  la voix et de la parole : enjeux et perspectives». Cahiers d’Etudes Linguistiques. (CEL) N° 6 : 165 – 173.
  • YEHOUENOU, C. B. (2009) Phonetics and Phonology of English. Cotonou : Gevoix.

 

NOTES:


* Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi.

Tag(s) : #GELL 17 janvier 2013

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